
En 2021, en réponse aux nombreuses conséquences qu’engendraient les risques psychosociaux dans les organisations, la loi sur la santé et la sécurité du travail a été revampée. Ceci a eu, et continue à avoir, de grands impacts au sein des organisations, lesquelles se voient obligées d’adopter des changements majeurs dans leurs modes de gestion.
Dans cette entrevue, nous avons demandé à Pierre Ouellette, psychologue organisationnel, coach et conseiller stratégique en gestion et transformation culturelle chez Afi U. et Edgenda, de nous expliquer les répercussions de cette nouvelle loi pour les organisations, ainsi que des pistes de solutions pour savoir par où commencer.
La loi 27 est une loi visant à moderniser le régime de santé et sécurité du travail instauré en 1979. Ce n’est pas un secret : au Canada, les coûts associés à la santé mentale et à l’absentéisme coûtent très chers aux entreprises. En effet, ce sont plus de 500 000 travailleurs qui s’absentent chaque semaine en raison de problèmes de santé mentale. [Voir source CRHA] Selon la Commission de la santé mentale du Canada, le fardeau économique annuel lié aux enjeux psychologiques s’élèverait à 51 milliards de dollars.
Face à ce constat, nous n’avons d’autres choix que de revoir nos modes de gestion. C’est pourquoi l’entrée en vigueur de la loi 27 tombe à pic. En gros, cette loi oblige les organisations à :
En d’autres mots, la modification à la loi vise à promouvoir un environnement de travail sain où les travailleurs se sentent libres de s’exprimer et où leur santé psychologique est protégée.
D’ailleurs, les employeurs ont jusqu’en octobre 2025 pour se conformer aux obligations associées à la loi 27. Par la suite, ceux qui ne prendront pas leurs responsabilités légales seront sujet à des sanctions et amendes. Il est donc primordial de mettre en place des politiques et des pratiques dès maintenant.
L’institut de santé publique du Québec définit les risques psychosociaux comme suit : « facteurs liés à l’organisation du travail, aux pratiques de gestion, aux conditions d’emploi et aux relations sociales qui augmentent la probabilité d’engendrer des effets néfastes sur la santé physique et psychologique des personnes exposées ».

Concrètement, un risque psychosocial peut être associé à différents facteurs tels que :
Bref, un risque psychosocial représente tout facteur qui menace la sécurité psychologique des travailleurs.
Les problèmes de santé mentale peuvent entraîner des répercussions sur les relations interpersonnelles, la qualité de vie et la stabilité familiale, contribuant ainsi à des coûts sociaux plus larges tels que des difficultés relationnelles, des conflits familiaux, voire une augmentation des taux de divorce.
Sécurité psychologique: bâtir la confiance dans on équipe
Dans un premier temps, il est essentiel pour les leaders des organisations d'identifier les risques psychosociaux potentiels présents dans leur environnement de travail, susceptibles d'affecter la santé mentale de leurs collaborateurs. Une fois ces risques identifiés, il est primordial de mettre en place des actions concrètes visant à fournir un environnement de travail sain.
En amont du risque, c'est-à-dire dans une optique de prévention des situations de crise, les gestionnaires peuvent agir de diverses manières. Par exemple, ils peuvent réduire la charge de travail des employés qui semblent débordés, consulter davantage les collaborateurs lors de prises de décisions importantes et reconnaître les efforts des employés en mettant en valeur leurs réussites. Dans cette phase de prévention, il est également recommandé aux organisations de promouvoir un environnement où le droit à l'erreur, à la contribution, à l'influence et à l'expression d'opinions sont respectés.
Si des tensions émergent au sein des équipes, au point de menacer la santé mentale des collaborateurs, il est important d'intervenir efficacement. Cela peut passer par l'organisation d'ateliers sur la gestion du temps ou du stress, par exemple. On peut également encourager les gestionnaires à développer leurs soft skills, afin qu’ils soient plus aux aguets des signes de surcharge ou de fatigue de leurs employés. De plus, la mise en place de programmes d'aide aux employés et l'établissement d'une politique de retour au travail pour les collaborateurs ayant dû s'absenter en raison de problèmes de santé mentale sont des mesures pertinentes.
En résumé, les actions visant à réduire les risques psychosociaux et les conséquences qui leur sont associées sont variées et dépendent évidemment de la taille et des spécificités de chaque organisation. L'engagement en faveur de la santé mentale des collaborateurs doit être une priorité, avec des initiatives adaptées à chaque contexte professionnel.
Développer son intelligence émotionnelle au travail
En résumé, toutes les organisations ont intérêt à se préoccuper des risques psychosociaux. Non seulement parce qu’elles ont la responsabilité légale de veiller à la sécurité psychologique sur le milieu de travail, mais également parce qu’un plan d’action permet de préserver la santé psychologique des collaborateurs et d’ainsi diminuer les coûts liés à la perte de productivité.
Sources: